Qui est Arthur Giroux?

1. CARTE D’IDENTITÉ

Arthur Giroux (k)Prénom et nom de naissance: Arthur Giroux.

Mensurations: 5’ 4’’ (1,63 m); autour de 115 lb (52,2 kg).

Carrière chez les professionnels: De 1927 à 1934 (au moins).

Palmarès chez les professionnels: BoxRec recense 79 combats disputés par Giroux. Ce nombre comprend 50 victoires (dont 14 par K.-O. ou T.K.-O.), 19 revers, 6 matchs nuls et 4 no decision ou no contest. Le palmarès fourni par BoxRec est toutefois incomplet et renferme ici et là des inexactitudes.

Titre détenu: Champion canadien des poids coqs.

Autres faits d’armes:

  • A remporté une victoire contre un membre de l’International Boxing Hall of Fame (IBHOF).
  • A été classé dans le top 5 mondial chez les poids mouches.
  • A boxé plusieurs fois en tête d’affiche en Nouvelle-Angleterre et au Québec.

2. ORIGINES ET DÉBUTS DANS LA BOXE

Arthur Giroux naît vraisemblablement le 8 juin 1907 à Montréal. Il est le fils d’Arthur Giroux (père), qui s’était fait connaître comme boxeur au Québec dans les premières années du 20e siècle.

Entre 1923 et 1925, il est formé comme pugiliste à la Palestre Nationale sous la direction d’Eugène Brosseau, une ancienne gloire en boxe amateur et l’un des meilleurs entraîneurs du Québec. Brosseau sera également son gérant pendant une bonne partie de sa carrière.

Il effectue ses débuts professionnels le 4 avril 1927 à l’Impérial de Québec en s’inclinant par décision en huit rounds contre Joseph Villeneuve.

Dans les 20 mois qui suivent, il livre un peu plus de quinze combats, principalement dans l’État américain du Maine. À cette époque, il était normal pour un pugiliste québécois de se battre souvent aux États-Unis, car les programmes de boxe se faisaient rares au Québec pendant la saison de hockey, qui s’étendait de novembre à avril environ.

3. UNE VICTOIRE INATTENDUE ET EXTRAORDINAIRE

Arthur Giroux (kz)
La Presse, 1er juin 1929

Le 27 novembre 1928 à Portland dans le Maine, il réalise un immense coup d’éclat. Alors que son palmarès ne comporte qu’une dizaine de victoires et qu’il est professionnel depuis moins de deux ans, il est opposé, dans un non-title fight, à Frankie Genaro, le champion mondial en titre des poids mouches de la NBA. Il monte dans le ring gonflé à bloc, attaque le champion avec détermination et courage, le martèle de coups au corps et … remporte la décision en douze rounds! Puisque Genaro est aujourd’hui membre de l’International Boxing Hall of Fame (IBHOF), et qu’il est généralement considéré par les experts comme l’un des dix meilleurs poids mouches de tous les temps, cette victoire mérite d’être comptée parmi les plus grands exploits de l’histoire de la boxe québécoise. Son caractère exceptionnel fut d’ailleurs reconnu le lendemain lorsque Giroux, à son arrivée à la gare Bonaventure de Montréal, fut accueilli en héros par les représentants de diverses associations sportives québécoises.

4. L’ASCENSION DANS LES CLASSEMENTS MONDIAUX ET LA CONQUÊTE DU TITRE CANADIEN

En 1929 et dans les premiers mois de 1930, il accumule les victoires dans le nord-est des États-Unis, où son intensité et sa fougue le font aimer du public. Notamment, le 1er janvier 1930, il défait par décision, lors d’un match enlevant, le solide Benny Schwartz à Salem dans le Massachusetts. Ses succès en Nouvelle-Angleterre lui valent d’être honoré à Montréal en mars 1930, à l’occasion d’un grand banquet organisé pour célébrer son retour dans sa ville natale.

Même si sa carrière progresse bien aux États-Unis, il manifeste le désir de boxer plus souvent au Québec. Le 6 août 1930, au Stade de baseball de Montréal, il bat aux points l’Espagnol Victor Ferrand, l’un des meilleurs poids mouches d’Europe.

Entre septembre et novembre 1930, il dispute à Portland dans le Maine trois rencontres contre Johnny McCoy, un pugiliste que l’État de Californie avait reconnu comme le champion du monde des poids mouches entre 1927 et 1928. Il remporte de façon convaincante leur série de combats, en s’imposant à deux reprises et en faisant une fois match nul.

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Giroux (à droite) et Bradley (à gauche)

Le 26 janvier 1931, il impressionne la foule présente au Monument-National de Montréal en livrant une autre de ses performances endiablées et en dominant Ruby «Dark Cloud» Bradley, alors classé dans le top 10 mondial des poids mouches. Dans les premiers mois de 1931, le nom de Giroux apparaît vers le sommet des classements mondiaux et certains experts le considèrent même comme l’un des trois meilleurs poids mouches de la planète, derrière seulement Frankie Genaro (le champion mondial de la NBA) et Midget Wolgast (le champion mondial de la NYSAC). À cette époque, il peut également se vanter d’être le boxeur préféré des amateurs québécois francophones, qui se passionnent pour sa carrière et ses exploits. Le maire de Montréal, Camillien Houde, compte parmi ses plus fervents admirateurs et assiste à certains de ses matchs.

Le 6 mai 1931, au Forum de Montréal, il subit lors des cinq premiers rounds de leur duel la domination technique et stratégique du redoutable Willie Davies, détenteur de plus d’une centaine de victoires chez les professionnels. Mais à partir du sixième, ses attaques incessantes lui permettent de renverser la vapeur. Il malmène Davies dans la seconde moitié de l’affrontement et remporte une décision serrée mais méritée en dix reprises.

Douze jours plus tard, le 18 mai 1931, il livre une furieuse bataille à Joseph Villeneuve à l’Aréna de Québec. À cette occasion, il brille en mettant K.-O. son adversaire au septième round au moyen d’une droite précise à la mâchoire. Ce faisant, il venge la défaite encaissée lors de son tout premier combat professionnel et il s’approprie le titre de champion canadien des poids coqs, que détenait Villeneuve.

5. LE COMBAT CONTRE PETE SANSTOL

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The Ring, août 1931

Son nouveau statut de champion canadien des poids coqs l’aide à obtenir un match contre le Norvégien Pete Sanstol, que la Commission athlétique de Montréal et la Fédération canadienne de boxe (mais pas la NBA et la NYSAC) reconnaissent comme le champion du monde de la même catégorie. Il est considéré comme le négligé en vue de l’affrontement, car Sanstol, en plus de posséder une énergie et une propension à l’attaque comparables aux siennes, est aussi un combattant suprêmement talentueux, aux habiletés de boxe variées et multiples. Il a néanmoins bon espoir de l’emporter et il insiste pour que la rencontre, qui sera reconnue comme un «championnat du monde» par les autorités montréalaise et canadienne, soit d’une durée de quinze rounds.

Le soir du 17 juin 1931 à Montréal, il attaque Sanstol avec férocité lors de la première moitié de leur combat, mais il s’avère incapable de percer la défensive étanche du rapide Norvégien. Au huitième, une puissante droite de Sanstol l’expédie au plancher. Il se relève avec courage, mais encaisse dans la suite du match une terrible raclée. Il ne subit pas moins de cinq knockdowns au quinzième round et ébahit les 10000 spectateurs présents au Forum pas sa détermination proprement surhumaine à éviter le K.-O. Il tient à peine sur ses jambes lorsque la cloche annonce la fin de la dernière reprise, mais il atteint son objectif de se rendre à la limite. La décision des juges en faveur de Sanstol n’est qu’une formalité.

6. LE DÉCLIN

Quatre mois plus tard, le 27 octobre 1931 au Forum de Montréal, il perd sa ceinture de champion canadien des poids coqs en étant dominé pendant cinq rounds par le Québécois anglophone de Verdun Bobby Leitham, puis disqualifié au sixième pour coup bas.

Le 26 mai 1932, à l’Aréna Mont-Royal de Montréal, il donne espoir à ses partisans, qui souhaitent le voir revenir à son meilleur niveau, en défaisant aux points l’étoile montante et futur détenteur du titre canadien Frankie Martin.

Le 16 juin 1932, à l’Aréna Mont-Royal de Montréal, il échoue dans sa tentative de regagner sa couronne canadienne des poids coqs contre Bobby Leitham. Comme dans son combat contre Sanstol, il est dans cet affrontement envoyé au tapis à répétition, mais il refuse obstinément d’abdiquer. Il est secouru à la septième reprise par l’expérimenté arbitre Georges Rivet, qui prend la sage décision de mettre un terme au massacre.

Pendant un temps, il s’entête à continuer à boxer, mais il n’amasse plus que des défaites et des matchs nuls. Son dernier combat a vraisemblablement lieu vers la fin de 1934.

7. L’APRÈS-CARRIÈRE

Après sa retraite de la boxe, ses capacités cognitives, dont la mémoire, commencent à décliner, un mal que les médecins attribuent aux coups qu’il a reçus à la tête durant sa carrière de pugiliste. Il refuse les opérations qu’on lui propose et il persiste à vouloir travailler, même si son état rend difficile pour lui de conserver les divers emplois qu’il déniche.

Ses quinze dernières années d’existence sont un véritable calvaire, passé pour l’essentiel à l’hôpital. Il décède dans l’oubli le 31 juillet 1971, survécu par son épouse Cécile. Sa dépouille est enterrée dans la ville de Contrecœur en Montérégie.

8. POUR EN SAVOIR PLUS

Arthur Giroux (a)
Giroux dans le Montreal Herald, 5 mai 1931

Plusieurs précieux renseignements sur Giroux sont contenus dans l’excellent livre de Gilles Janson, Un boxeur gentilhomme: Eugène Brosseau, 1895-1968, Québec, Septentrion, 2005. On pourra s’orienter facilement dans cet ouvrage grâce à l’index qu’il renferme.

Des pages wikis sont consacrées à divers combats livrés par Giroux dans BoxRec. J’ai moi-même (sous le pseudonyme de Jack Delaney) créé ou étoffé, en tablant sur des recherches que j’ai effectuées dans les journaux de l’époque, les pages wikis suivantes: Arthur Giroux-Duke Menard 1, Arthur Giroux-Frankie Genaro, Arthur Giroux-Harry Goldstein 2, Arthur Giroux-Benny Schwartz, Arthur Giroux-Johnny McCoy 1, Arthur Giroux-Johnny McCoy 2, Arthur Giroux-Johnny McCoy 3, Arthur Giroux-Ruby Bradley 3, Arthur Giroux-Willie Davies 2, Arthur Giroux-Joseph Villeneuve 2, Bobby Leitham-Arthur Giroux 1, Arthur Giroux-Frankie Martin, Bobby Leitham-Arthur Giroux 2.

9. SOURCES CONSULTÉES

En plus du livre de Janson mentionné plus haut, j’ai consulté pour écrire le présent article des dizaines d’articles de journaux. Il serait trop long de les énumérer tous ici, mais j’en signale cinq qui m’ont été particulièrement utiles, entre autres pour rectifier certaines erreurs ou éclairer certains chapitres de la carrière ou de la vie de Giroux.

Anonyme, «Trois combats contestés et intéressants à l’Impérial», Le Soleil, 5 avril 1927.

Anonyme, «Art Giroux Winner», The Montreal Gazette, 28 novembre 1928.

Horace Lavigne, «Sanstol bat Arthur Giroux aux points au Forum, hier», La Patrie, 18 juin 1931.

Anonyme, «Leitham a battu Giroux en sept rondes», La Presse, 17 juin 1932.

François Béliveau, «Kid Giroux doit la gloire et la mort à la boxe», La Presse, 4 août 1971.

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