Qui est Albert «Frenchy» Bélanger?

Par Martin Achard

1. CARTE D’IDENTITÉ

Albert-BelangerPrénom et nom de naissance: Albert Bélanger.

Mensurations: 5’ 4’’ (1,63 m); 112 lb (50,8 kg).

Carrière chez les professionnels: De 1924 à 1932.

Palmarès chez les professionnels: 40 victoires (dont 15 par K.-O. ou T.K.-O.), 20 revers et 10 matchs nuls.

Titres détenus: Champion mondial des poids mouches de la National Boxing Association (NBA); champion canadien des poids mouches (trois fois).

Autres faits d’armes ou distinctions:

  • A remporté des victoires contre deux membres de l’International Boxing Hall of Fame (IBHOF).
  • A été intronisé au Temple de la renommée des sports du Canada en 1956.

2. ORIGINES ET DÉBUTS DANS LA BOXE

Albert «Frenchy» Bélanger naît le 17 mai ou le 4 décembre 1906 à Toronto, dans une famille canadienne-française de sept enfants. Il grandit à Cabbagetown, à l’époque un des quartiers les plus rudes et les plus délabrés de la Ville Reine. Sa petite stature et sa faible carrure ne l’empêchent pas de devenir dès le jeune âge un bagarreur de rue redoutable et aguerri.

Adolescent, il livre une soixante de combats chez les amateurs. Il gagne aussi souvent qu’il perd, mais il se fait remarquer par sa capacité à hausser d’un cran son intensité lors des duels les plus importants.

Le 21 novembre 1924, il effectue ses débuts chez les professionnels à Hamilton en Ontario en arrachant un match nul à Billy Barnicott, un boxeur «local» beaucoup plus imposant physiquement que lui.

Au cours des 35 mois qui suivent, il dispute près d’une quarantaine de combats, presque tous de six ou de huit rounds, lors des préliminaires de programmes tenus pour la plupart à Toronto.

3. TROIS VICTOIRES EXTRAORDINAIRES EN 53 JOURS

FRENCHY
Illustration de Bélanger parue dans La Presse

Le 28 octobre 1927, au Coliseum de Toronto, il est opposé à l’Américain Newsboy Brown, qui était alors l’un des trois ou quatre principaux aspirants au titre mondial des poids mouches, et qui a depuis été intronisé à l’International Boxing Hall of Fame. Conscient qu’il s’agit de sa chance de ressortir du lot et de s’élever comme pugiliste, il se bat à la manière d’une tornade, envoie Brown deux fois au tapis au quatrième round et remporte un éclatant triomphe aux points en dix reprises.

Sa brillante performance contre Brown le fait instantanément passer du statut de boxeur de préliminaires à celui d’aspirant mondial. La National Boxing Association (NBA) décide de reconnaître son prochain combat, contre Frankie Genaro, comme une rencontre éliminatoire pour son titre alors vacant des poids mouches.

Le 28 novembre 1927, au Coliseum de Toronto, il défait Genaro par décision partagée en dix rounds, devant une foule record de 13000 personnes. À cette occasion, il démontre son exceptionnelle volonté de vaincre en déclenchant de solides attaques lors des deux dernières reprises, de façon à briser l’égalité qui avait existé entre le New-Yorkais et lui pendant les huit premiers rounds. En plus de le qualifier pour un match de championnat du monde, cette victoire auréole son palmarès d’un second succès contre un boxeur de grande élite, aujourd’hui membre de l’International Boxing Hall of Fame et généralement considéré par les experts comme l’un des dix meilleurs poids mouches de tous les temps.

Le 19 décembre 1927, au Coliseum de Toronto, il poursuit sur sa magnifique lancée en remportant la couronne mondiale vacante des mouches de la NBA, au terme d’une furieuse bataille qui restera à jamais gravée en lettres d’or dans les annales pugilistiques de la Ville Reine. Durant les dix premiers rounds de l’affrontement, il se porte constamment à l’offensive et parvient à envoyer son adversaire, l’Anglais Ernie Jarvis, au plancher lors des première et troisième reprises. Mais à la onzième, il frôle la catastrophe lorsqu’il subit lui-même un knock-down et se fait sévèrement malmener pendant plusieurs dizaines de secondes. De manière quasi miraculeuse, il arrive à récupérer complètement au cours de la minute de repos qui suit le round, et il force Jarvis à demeurer sur la défensive tout au long de la douzième et dernière reprise en le bombardant d’une pluie ininterrompue de coups. Son courage et ses efforts lui valent d’obtenir un triomphe clair, à l’unanimité des trois juges.

Grâce à cette magnifique série de trois victoires, peut-être unique dans l’histoire de la boxe canadienne, puisqu’acquise en l’espace de seulement 53 jours, il accède au rang de vedette sportive à Toronto et dans le reste du pays. Les journaux soulignent alors avec raison que, s’il n’est pas le premier Canadien champion du monde, il est le premier Canadien à gagner un titre mondial alors qu’il réside au Canada. Au Québec, les médias se plaisent à relater ses exploits et à rappeler qu’il est canadien-français.

4. EX-CHAMPION MONDIAL, MAIS TOUJOURS BOXEUR DE PREMIER PLAN

Frankie Genaro
Frankie Genaro

Son règne de champion du monde est toutefois de courte durée. Lors de la première défense de son titre, le 6 février 1928 dans un Coliseum de Toronto plein à craquer, il s’incline aux points en dix rounds contre Frankie Genaro, qui s’est adapté stratégiquement par rapport à leur premier duel. À cette occasion, il se bat avec son énergie et sa détermination coutumières, mais étant essentiellement un bagarreur, il s’avère incapable de rivaliser avec la finesse du New-Yorkais à longue distance et il se trouve pris au dépourvu lorsque ce dernier accroche dans les corps-à-corps.

Entre la perte de son titre mondial et la mi-octobre 1930, il combat à 21 reprises, remportant douze victoires et encaissant neuf revers. Même si son taux de succès au cours de cette période est tout juste supérieur à 50%, il conserve sa popularité en donnant à voir aux amateurs de la Ville Reine de la boxe spectaculaire, très souvent contre la crème des pugilistes étrangers ou canadiens. Notamment:

Il livre trois autres matchs, tous au Coliseum de Toronto, pour une ceinture mondiale chez les mouches, deux contre Genaro pour le titre de la NBA et un contre Corporal Izzy Schwartz pour le titre de la New York State Athletic Commission (NYSAC). Même s’il échoue chaque fois aux points, il donne du fil à retordre à Genaro lors de leurs deux rencontres et il passe à un doigt de ravir à Schwartz sa couronne, en dominant de façon nette les derniers rounds de leur affrontement.

Il gagne (contre Clovis Durand) et perd (contre Steve Rocco), puis regagne (contre Steve Rocco) et reperd (contre Harry Hill), puis reregagne (contre Harry Hill) la ceinture de champion canadien des poids mouches. Lors de leur premier match, lui et Rocco (un futur challenger au titre mondial) offrent aux 8000 spectateurs réunis à l’Arena Gardens de Toronto une guerre de tous les instants, méritant d’être comptée parmi les meilleurs combats de championnat canadien du 20e siècle.

Il se frotte, dans des non-title fights, à des aspirants au titre mondial comme Eugène Huat et Willie Davies. S’il subit contre le premier l’une de ses rares défaites avant la limite, il s’impose par décision contre le second.

5. LE DÉCLIN ET L’APRÈS-CARRIÈRE

À partir de la fin d’octobre 1930, même s’il est encore dans la jeune vingtaine, il commence à démontrer des signes d’usure et à accumuler les revers contre des adversaires qu’il avait ou aurait battus auparavant. Son dernier combat, une défaite par T.K.-O. contre Frankie Wolfram, a lieu en juin 1932 à Winnipeg.

N’ayant rien économisé sur les 90000$ (plus de 1,3 million en argent d’aujourd’hui) qu’il a obtenus en bourses au cours de ses presque huit années de boxe professionnelle, il doit occuper différents emplois pour vivre. Entre autres, il travaille comme garçon de table et videur dans un populaire hôtel de Cabbagetown, le Winchester, pendant une vingtaine d’années. Dans ses temps libres, il s’implique auprès des jeunes et fonde un club de boxe dans une église.

En 1962, il est éprouvé par un double malheur. Il subit un infarctus qui le laisse partiellement paralysé et, alors qu’il est soigné à l’hôpital, il voit son épouse, Ivy, mourir subitement à son chevet.

Il égaie les dernières années de son existence en cultivant sa passion pour la balle-molle et en créant sa propre équipe, les Belanger Aces.

Il décède à Toronto le 27 mai 1969, d’une pneumonie et de problèmes cardiaques. Une plaque commémorative honore aujourd’hui sa mémoire au 2, Avenue Lancaster dans Cabbagetown.

6. POUR EN SAVOIR PLUS

Des pages wikis sont consacrées à divers combats livrés par Bélanger dans BoxRec. J’ai moi-même (sous le pseudonyme de Jack Delaney) créé ou étoffé, en tablant sur des recherches que j’ai effectuées dans les journaux de l’époque, les pages wikis suivantes: Frenchy Bélanger-Willie Woods, Frenchy Bélanger-Harry Goldstein 2Frenchy Bélanger-Newsboy Brown, Frenchy Bélanger-Frankie Genaro 1, Frenchy Bélanger-Ernie Jarvis, Frankie Genaro-Frenchy Bélanger 2, Frenchy Bélanger-Clovis Durand, Frenchy Bélanger-Frisco Grande 2, Frenchy Bélanger-Johnny McCoy, Frenchy Bélanger-Marty Gold 1, Frankie Genaro-Frenchy Bélanger 3, Frenchy Bélanger-Willie Davies 2, Frenchy Bélanger-Steve Rocco 2, Corporal Izzy Schwartz-Frenchy Bélanger 1Corporal Izzy Schwartz-Frenchy Bélanger 2, Eugène Huat-Frenchy Bélanger, Frankie Genaro-Frenchy Bélanger 4.

7. SOURCES CONSULTÉES

J’ai consulté pour écrire le présent article des dizaines d’articles de journaux. Il serait trop long de les énumérer tous ici, mais en voici cinq qui m’ont été particulièrement utiles:

Anonyme, «Belanger Defeated Frankie Genaro», The Montreal Gazette, 29 novembre 1927.

Anonyme, «Albert Belanger Earned Decision in Title Fight», The Montreal Gazette, 20 décembre 1927.

Anonyme (Presse canadienne), «Genaro Regained Flyweight Title From Belanger», The Montreal Gazette, 7 février 1928.

Anonyme, «“Frenchy” Bélanger sut toujours gagner les combats importants», Le Devoir, 11 octobre 1962.

Anonyme (Presse canadienne), «Frenchy Bélanger meurt d’une crise cardiaque», La Presse, 28 mai 1969.

 

 

 

 

 

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