Les paramètres généraux à considérer dans l’analyse des combats de boxe

Par Martin Achard

Quels paramètres généraux doivent être pris en considération quand, en tant qu’amateur de boxe, on tente d’analyser un combat, que ce soit avant qu’il ait lieu en vue de faire une prédiction, ou pendant ou après sa tenue afin de bien comprendre toutes les facettes et la logique de l’action?

Dans le présent article, je proposerai une réponse préliminaire à cette question. Ma position est que les divers paramètres particuliers peuvent être classés sous huit paramètres généraux: 1) physiques, 2) mentaux, 3) stylistiques, 4) techniques, 5) stratégiques, 6) liés à l’expérience dans le ring, 7) liés au niveau d’activité récent dans le ring, et 8) de natures autres.

Smoking Joe
Du bonbon pour les analystes: le combat Ali-Frazier 1

Pour chacun de ces huit paramètres généraux, je donnerai quelques exemples de paramètres plus particuliers, puis je signalerai (sans viser aucunement à l’exhaustivité) certains points qui m’apparaissent importants ou pertinents. J’invite mes lecteurs à formuler des objections ou à compléter mes observations en commentant sous le présent article. En conclusion, je parlerai d’un autre facteur qui peut influer sur le résultat des matchs, mais qu’il convient de tenir séparé des paramètres généraux, même s’il entretient avec eux plusieurs relations de diverses natures: l’entraînement.

On notera que, dans le déroulement concret des combats, tous les scénarios sont possibles. Autrement dit, dans certains cas, un seul paramètre particulier sous un seul paramètre général constituera l’élément-clé qui explique pourquoi un boxeur sort vainqueur d’un affrontement; et dans d’autres cas, plusieurs paramètres particuliers, pouvant appartenir à différents paramètres généraux, agiront comme un tout complexe pour déterminer l’issue.

1) Paramètres physiques

Exemples particuliers: la rapidité, la force de frappe, l’endurance cardio-vasculaire, la coordination, la précision, la capacité à encaisser les coups, la grandeur, la portée, l’âge, l’usure physique…

Remarques:

L’âge et l’usure physique peuvent faire varier certains des autres paramètres physiques particuliers. Ainsi, un boxeur ayant atteint la trentaine (et particulièrement la mi-trentaine) ou déjà usé dans la vingtaine peut commencer à éprouver à tout moment un déclin dans sa vitesse de réaction ou sa coordination, par exemple. Mais d’autres qualités, comme la force de frappe, résistent ordinairement mieux à l’usure du temps; et certaines, comme la portée, ne sont pas affectées par cette usure. Quoi qu’il en soit, quand on analyse un combat où au moins l’un des deux boxeurs n’est plus très jeune pour un athlète, il faut toujours garder en tête la possibilité que le vieillissement se fasse sentir et ait une incidence sur le déroulement de la rencontre et le résultat.

Pacquiao
Un surdoué sur le plan physique: Manny Pacquiao

Les paramètres physiques comptent généralement parmi les plus faciles à observer, ce qui explique pourquoi certains d’entre eux occupent presque toujours une place centrale dans les analyses effectuées par les amateurs ou les commentateurs. Si par exemple, à l’approche d’un match, on sonde dans un média social les opinions pour savoir qui l’emportera et pourquoi, il est quasi inévitable de voir, dès les premières minutes de la discussion, plusieurs intervenants mettre un accent très fort sur la «force de frappe», la «capacité à encaisser les coups» et la «portée». Cet accent est souvent justifié, mais il ne doit pas faire oublier la grande importance que peuvent également avoir les autres paramètres.      

2) Paramètres mentaux

Exemples particuliers: le courage, la combativité, la détermination, la capacité à garder son sang-froid en toute circonstance, la confiance en soi, la résilience, la réceptivité aux directives des entraîneurs, la vitesse de réaction, la capacité de concentration et d’analyse…

Remarque:

Floyd
Floyd Mayweather

Les paramètres mentaux englobent des caractéristiques a) émotives, b) psychologiques et c) intellectuelles. Dans ce vaste ensemble, les caractéristiques de type c), intellectuelles, font souvent l’objet de moins d’attention que les caractéristiques de types a) et b) dans les analyses de combat, même si elles sont en fait tout aussi importantes. Il est en effet indéniable qu’un combattant qui possède des capacités de concentration et d’analyse supérieures détiendra habituellement, sous un rapport essentiel, un avantage considérable sur ses rivaux. Pour s’en convaincre, il suffit de considérer les exemples donnés au cours des deux dernières décennies par des pugilistes comme Bernard Hopkins, Floyd Mayweather ou Andre Ward.

3) Paramètres stylistiques

Exemples particuliers: être un pur boxeur (ou un boxeur classique), un «pressure fighter», un cogneur ou un bagarreur, être droitier ou gaucher, être un attaquant ou un contre-attaquant…  

Remarques:

L’importance des paramètres stylistiques est résumée en anglais par l’adage bien connu «styles make fights», qui signifie que l’interaction entre les styles de boxe déterminera au moins une partie de la logique ou du déroulement d’un combat, c’est-à-dire un certain nombre de ses éléments-clés.

Le contraste et l’interaction entre certains styles bien définis favoriseront quelquefois nettement un boxeur au détriment de l’autre. Ainsi, un cogneur aura souvent la partie belle contre un «pressure fighter», puisqu’il est normalement facile pour un cogneur d’atteindre en puissance un adversaire qui avance constamment vers lui et qu’il n’a donc pas besoin de pourchasser dans le ring. À l’inverse, le cogneur sera souvent désavantagé contre un pur boxeur, car la mobilité du pur boxeur ne lui donnera que peu d’occasions de placer ses coups les plus violents.

4) Paramètres techniques

Exemples particuliers: le jeu de jambes, la garde, le jab, les crochets, les combinaisons, les parades, les esquives, le savoir-faire en situation d’accrochage…  

Remarques:

Toutes les habiletés techniques sont importantes, mais certaines (comme un bon jeu de jambes, la capacité à lancer de bons jabs et la capacité à esquiver les coups) doivent être considérées comme plus essentielles, car elles permettront quelquefois à elles seules de contrecarrer plusieurs avantages détenus par un adversaire. Par exemple, si un boxeur A frappe plus fort et possède de meilleures combinaisons, de meilleurs crochets et de meilleurs uppercuts qu’un boxeur B, mais que le boxeur B possède un jeu de jambes nettement supérieur à A, alors B aura de bonnes chances de remporter un duel entre les deux.

Andre Ward
Un boxeur complet: Andre Ward

Lorsqu’on réfléchit sur les paramètres techniques, il est nécessaire de distinguer entre les habiletés offensives et défensives. Il est aussi absolument nécessaire de distinguer entre les habiletés de combat à longue distance et celles à courte distance, et de ne jamais oublier ou négliger l’importance potentiellement capitale de ces dernières. Beaucoup trop souvent, en effet, avons-nous vu au cours des dernières décennies des journalistes ou des commentateurs vanter sans nuances le brio technique de boxeurs sachant bien boxer à longue distance, mais qui ont avec le temps révélé des lacunes graves en situation d’infighting, lorsque forcés à se battre sur ce terrain par un adversaire coriace et stratégiquement avisé. N’en doutez pas: le combat au corps-à-corps est à plusieurs égards tout aussi «scientifique» que le combat à longue distance, car il possède comme ce dernier plusieurs techniques et stratégies qui lui sont propres, et ce, autant sur le plan offensif que sur le plan défensif.

5) Paramètres stratégiques

Exemples particuliers: le plan de match établi avant la rencontre, la capacité à dévier du plan de match s’il s’avère inefficace, la capacité à s’adapter et à trouver quoi faire dans le feu de l’action, la capacité à tendre des pièges à l’adversaire, l’utilisation des feintes, l’utilisation des changements de rythme et des attaques surprises…  

Remarque:

Les paramètres stratégiques renvoient à la notion ancienne de ring generalship. Malheureusement, la considération vraiment détaillée des aspects stratégiques de la boxe a quelque peu perdu en popularité par rapport aux années 1920 ou 1940 par exemple; et elle pâlit souvent en comparaison de ce que l’on observe actuellement dans le domaine des arts martiaux mixtes. Inutile de dire que la boxe gagnerait, sur ce point, à renouer avec son riche et glorieux passé.

Les paramètres stratégiques auront souvent comme prérequis des paramètres techniques, car il sera normalement nécessaire, afin de pouvoir bien appliquer une stratégie, de posséder des ressources techniques précises.

6) Paramètres liés à l’expérience dans le ring

Exemples particuliers: l’expérience contre des boxeurs d’élite, l’expérience contre des boxeurs de différents styles, l’expérience des matchs difficiles et éprouvants, l’expérience des longs matchs (de dix ou de douze rounds), l’expérience des matchs tenus à l’étranger ou en «territoire hostile»…    

Remarque:

L’expérience acquise chez les amateurs compte évidemment dans l’expérience totale d’un pugiliste, ce qui explique en partie pourquoi les boxeurs ayant frayé avec l’élite chez les amateurs sont considérés comme des recrues de choix par les entraîneurs et connaissent souvent de belles carrières professionnelles.

7) Paramètres liés au niveau d’activité récent dans le ring

Exemples particuliers: le nombre de combats disputés au cours des 12, 24 ou 36 derniers mois, le nombre de rounds disputés au cours des 12, 24 ou 36 derniers mois, le nombre d’adversaires coriaces affrontés au cours des 12, 24 ou 36 derniers mois…

Remarques:

Hatton
Ricky Hatton au plancher lors de sa tentative de retour en 2012

L’importance pour les boxeurs de se battre régulièrement, et contre de bons adversaires, afin de demeurer à la fine pointe de leurs habiletés était une vérité communément admise dans le passé, mais qui tend à être passée sous silence ou même carrément niée aujourd’hui.

Un manque d’activité récent dans le ring affectera souvent de façon très directe le timing des boxeurs, et pourra affecter, selon les cas, plusieurs autres habiletés. Par exemple, il est courant de voir une réduction significative de l’habileté à «couper le ring» chez les «pressure fighters» qui ne se sont battus qu’épisodiquement dans les années précédents un match, et ce, peu importe le nombre de rounds de sparring effectués.

8) Paramètres de natures autres

Exemples particuliers: la grandeur du ring, la compétence de l’arbitre et des juges, des conditions atypiques dans le ring (froideur, chaleur ou humidité extrême, etc.), la maladie, les blessures subies lors du combat, la justesse et l’utilité des directives données par les entraîneurs entre les rounds…

Remarque: Cette catégorie rassemble des facteurs hétéroclites qui peuvent à l’occasion jouer un rôle dans le déroulement et l’issue des matchs.

Conclusion

Comme je l’ai brièvement signalé dans l’introduction, le résultat des combats de boxe ne tiendra pas qu’à ces paramètres, car il sera aussi fonction de l’entraînement effectué par les pugilistes entre les matchs et en prévision des matchs. Par exemple, un entraînement déficient sur un ou plusieurs points empêchera un boxeur d’atteindre son plein potentiel physique et technique, ce qui affectera forcément sa performance le jour de la rencontre. Pour les amateurs qui s’adonnent à l’analyse, toutefois, l’entraînement est une variable à plusieurs égards inobservable, car les boxeurs et leur entourage préfèrent généralement en garder secrets ou partiellement secrets plusieurs pans (stratégie, travail intensif sur un point technique particulier, blessures mineures subies, etc.). Ceux-ci mentiront aussi chaque fois qu’il le faut sur la qualité de l’entraînement avant un match afin de présenter le pugiliste comme étant au sommet de sa forme; et il leur arrivera d’inventer ou d’exagérer des lacunes dans l’entraînement afin de tenter d’expliquer ou d’«excuser» une défaite imprévue ou difficile à avaler. Par ailleurs, l’entraînement est comme le combat une activité à part entière, et sa réussite ou son échec devraient par conséquent être évalués à partir d’un ensemble de paramètres distincts (comme la discipline du boxeur et la qualité de ses entraîneurs). Pour ces deux ordres de raisons, il convenait de tenir l’entraînement séparé des paramètres généraux présentés plus haut, qui visent à l’analyse des combats comme tels.

Note: Je tiens à remercier très sincèrement Rénald Boisvert qui m’a fait part de ses réactions à une première version de l’article plus haut dans l’article que voici: http://12rounds.ca/martin-achard-lui-y-connait-ca/. J’ai modifié mon article pour tenir compte de la plupart de ses excellentes remarques.

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